Portrait collaborateur : Julie HERNANDEZ

27 Fév 2026

Après plus de quinze ans au sein du réseau France Active, Julie partage dans cette interview ce qui guide son engagement : transmettre, faire grandir et provoquer des déclics. Entre animation d’ateliers et accompagnement des dirigeants de l’ESS, elle revient sur ce qui donne du sens à son quotidien.

Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel et les étapes qui t’ont menée vers ton poste actuel ?

Après mon bac j’ai commencé des études d’économie, où j’ai obtenu un Master en macroéconomie, finance internationale et politiques économiques. J’ai ensuite complété avec un Master en management et administration des entreprises pour élargir mes compétences en matière de gestion.

En 2008, je réalise un stage chez France Active Alsace (à l’époque Alsace Active) pour accompagner des porteurs de projets dans le financement de leur création ou reprise d’entreprise. À la fin du stage, on me propose de rester pour renforcer l’équipe : j’y resterai cinq ans.

Je suis ensuite partie en Charente-Maritime, où j’ai rejoint France Active Nouvelle-Aquitaine pendant dix ans. J’ai contribué au rayonnement de l’association territoriale en développant une antenne départementale, puis je me suis orientée vers le financement des structures de l’ESS et dans l’accompagnement de l’émergence de projet d’innovation sociale.

Revenue en Alsace en 2022, je suis aujourd’hui cheffe de projet en animation, en charge du développement de projets et du renforcement des compétences des dirigeants de l’ESS.

– En quoi consiste concrètement ton travail au quotidien ?

Je contribue à l’élaboration de réponses collectives aux défis des entrepreneurs de l’ESS et aux besoins des territoires.

Mon travail consiste à structurer, animer et faire vivre des dispositifs qui renforcent les entreprises engagées à chaque étape de leur développement. Cela suppose un travail d’ingénierie de projet, de coordination partenariale, de conception de parcours et d’animation d’ateliers/formation sur sujets très tangibles : gestion, stratégie financière, trésorerie, modèle économique, financement participatif, impact social…

Je suis notamment mobilisée sur le programme Eureka, avec un objectif clair : rendre les dirigeants plus autonomes et contribuer à la pérennité de leurs structures.

 

– Tu as travaillé au sein deux structures du réseau France Active, en quoi ces expériences enrichissent-elles ton rôle aujourd’hui ?

Travailler au sein de deux structures du réseau France Active a été très formateur, non pas tant parce qu’il s’agissait d’associations différentes, mais parce que les missions et les contextes territoriaux étaient différents.

Changer de région m’a obligée à sortir de ma zone de confort. Je maitrisais les outils France Active, mais je devais comprendre un nouvel écosystème : acteurs locaux, dynamiques économiques, priorités politiques, habitudes de travail.

Travailler avec une autre équipe du même réseau a aussi été très enrichissant : cela m’a permis de comparer les pratiques et d’observer comment, à partir d’un socle commun, les approches varient selon les contextes locaux, les partenariats et les choix stratégiques. Cela m’a donné du recul et m’a amenée à questionner mes propres méthodes.

Depuis mon retour en Alsace, cette capacité d’adaptation est un moteur dans mon travail.

 

– Comment construis-tu un atelier de A à Z ? As-tu des méthodes ou des outils vers lesquels tu reviens toujours ?

Je commence toujours par les objectifs : à quoi ressemblerait un atelier réussi du point de vue des participants ? Qu’est-ce qui ferait qu’ils ressortent satisfaits, mais surtout avec quelque chose de concret en main ?

Je m’appuie sur leurs besoins exprimés et ceux identifiés par mes collègues. À partir de là, je construis un scénario pédagogique avec une progression logique.

Je privilégie des formats participatifs : jeux de rôle, cas pratiques, mises en situation, quiz, travail en petits groupes… L’idée est simple : on retient mieux ce que l’on produit soi-même. L’objectif est que les participants repartent avec un outil, une décision prise, un plan d’action esquissé.

Pour nourrir mes pratiques, je m’inspire aussi de lectures reçues en formation, c’est presque une lecture de table de chevet !

 

– Quels défis observes-tu chez les personnes que tu accompagnes, et comment y réponds-tu ?

Le défi majeur, c’est la conciliation entre pérennité économique et utilité sociale. Le contexte est exigeant : contraintes financières, incertitudes économiques … Pourtant, je vois surtout chez les participants une forte volonté de rester force de proposition et d’innovation, de continuer à apporter des réponses concrètes aux enjeux sociétaux.

Trouver le bon équilibre, pour que l’économie reste un moyen au service du projet et non une finalité. Être au service d’une mission d’utilité sociale, tout en assurant la solidité du modèle.

Ce que j’observe chez les personnes que j’accompagne en tout cas, c’est une réelle volonté de bien faire, de mieux faire et de comprendre. Le programme Eureka est justement conçu pour provoquer ces petits déclics : des moments où quelque chose se clarifie et permettent d’avancer avec plus de confiance et de cohérence.

 

– Quel type de rencontre ou d’échange dans ton travail te marque le plus ?

Je suis particulièrement touchée par les échanges où l’on perçoit à la fois la vulnérabilité et la détermination. Quand quelqu’un parle avec lucidité de ses fragilités tout en affirmant son engagement pour un projet, cela me rappelle le sens de mon travail.

Mon rôle, c’est de leur donner les moyens d’agir, de les encourager, tout en les alertant sur certains pièges et déconstruire des idées reçues, comme quand on me dit « une association ne doit pas « faire d’argent »»

Et lorsque je vois qu’un échange permet ce déplacement de regard, ce sont souvent les rencontres qui me marquent le plus.

 

– France Active fête ses 30 ans cette année, qu’est-ce que cela représente pour toi qui connais bien l’association ?

Pour moi, 30 ans, c’est une longévité remarquable !

À l’origine, ces structures ont été créées pour favoriser l’insertion et répondre à des besoins très concrets sur les territoires. Si France Active Alsace est toujours là 30 ans plus tard, c’est parce qu’elle a su évoluer. Le contexte a changé, les enjeux se sont transformés, mais la mission reste la même : apporter des réponses utiles, adaptées et ancrées dans la réalité.

Pour moi, 30 ans, c’est 30 ans d’action, 30 ans de réflexion… C’est la continuité de la vie, tout simplement !

On m’a dit que ma trentaine serait la meilleure décennie… mais on m’a dit la même chose pour ma quarantaine ! Alors j’y vois surtout l’ouverture d’un nouveau chapitre.

 

– Quel est selon toi, le signe que tu as animé un super atelier ?

Je crois beaucoup aux petits signes du quotidien : un merci, un mail de retour, un tour de table sincère … Ce sont souvent ces signaux discrets qui montrent que quelque chose a réellement résonné.

Mais le signe qui me touche le plus, c’est quand les participants repartent challengés. On ne règle pas tout en deux heures, et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif. Si l’atelier a semé des graines, c’est déjà une réussite. Quand ils arrivent avec des questions et repartent avec d’autres questions, plus précises, plus structurantes, en général, c’est bon signe.

Il y a aussi ces moments concrets, quand une personne me confie qu’elle a enfin compris une notion financière qui ne lui a jamais été amenée de cette façon. Cela montre qu’il ne s’agit pas seulement de transmettre un contenu, mais de permetttre une appropriation.

Bref, pour moi, un super atelier, c’est celui qui crée du mouvement : dans la réflexion, dans les décisions, ou dans la confiance.